Les grandes compagnies pétrolières internationales de l’époque étaient en position de force. Pétrole abondant, bon marché, un contrôle sur une grande partie de la production et de la distribution mondiale : l’avenir semblait prometteur.
C’était sans compter l’évolution du contexte. On avait alors déjà cette tendance à prédire le futur à partir de l’observation du passé. Dès les années 1970, on s’est rendu compte que c’était une erreur. Les prévisions étaient de moins en moins fiables. L’approche « business as usual » pour définir le positionnement de l’entreprise supposait un contexte stable. On n’était plus sûr qu’il le soit tant que cela. Le monde bougeait plus vite que les modèles.
C’est alors qu’une nouvelle activité a émergé : les Etudes Long Terme. L’objectif ? Imaginer l’an 2000. Pierre Wack, théoricien de la méthode, et ses collègues (1), ont étudié deux types de scénarios prospectifs :
Les réflexions ont mené à la distinction entre 3 types de carburants : légers, moyens et lourds. On a fait deux constats :
On a donc davantage investi dans ces solutions, coûteuses à l’époque. Quand les chocs pétroliers sont apparus, Shell et ses consoeurs étaient prêtes. Au lieu de continuer à vendre leurs carburants lourds, ils les ont transformés en carburants légers pour répondre à la nouvelle demande. Les solutions coûteuses étaient devenues rentables. Aujourd’hui, dire que Shell s’en est sorti est un euphémisme.
Je n’entends pas ici faire de pub pour Shell. En revanche, j’attire l’attention sur cette façon d’appréhender l’avenir et la conduite du changement. Ils n’ont pas cherché à définir exactement ce qu’il allait se passer. Ils ont cherché à se mettre dans une disposition résiliente face à un contexte incertain.
Un bon scénario ne sert pas à prédire. Il sert à modifier la façon dont les décideurs perçoivent l’avenir. À les préparer mentalement à des réalités très différentes. À transformer leur logique de décision avant que le choc n’arrive. Ce changement de posture est fondamental. Il déplace la question de « que va-t-il arriver ? » vers « comment allons-nous réagir si…? »
Nous avons aujourd’hui une chance que Shell n’avait pas en 1965 : une quantité considérable d’informations fiables sur ce qui nous attend. Près de 25 000 experts du GIEC s’accordent sur le fait que le changement climatique est réel, d’origine humaine, et que ses effets sur nous seront significatifs. On sait que l’Europe est particulièrement exposée — tout comme ses fournisseurs (3).
Ce que ces données disent clairement, c’est que même si tous les engagements d’atténuation pris à ce jour étaient tenus — ce qui est loin d’être acquis — il faudra malgré tout s’adapter à une nouvelle donne climatique. C’est pourquoi, la COP30 à Belém, en 2025, a appelé à tripler les efforts de financement de l’adaptation d’ici 2035. La France, la même année, a publié son troisième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique, le PNACC 3, qui anticipe un réchauffement de +4°C à l’horizon 2100.
Ce n’est plus un débat d’experts. C’est un contexte opérationnel dans lequel les entreprises vont devoir fonctionner — qu’elles l’aient préparé ou non.
Trois effets concrets pour votre organisation :
Elle a été co-développée par Carbone 4 (qui m’a formée à son utilisation), l’ADEME, HDI Global France (remarquez l’implication de solutions d’assurance pour les entreprises), Bureau Véritas, et la CCI Grand-Est. C’est sur elle que repose le Diag Adaptation de Bpifrance.
Elle est compatible avec l’existence de climato-sceptiques et de climato-procrastinateurs dans une équipe. En effet, elle n’impose pas de solution toute faite, ni même d’être convaincu par les publications du GIEC. Elle invite à explorer les possibilités, à s’inscrire dans un état d’esprit compatible avec le monde évolutif dans lequel nous vivons, afin de pouvoir prendre des décisions opportunes pour les années à venir – par exemple pour privilégier un investissement sur un autre- et, in fine, de développer sa résilience.
Elle comprend trois étapes importantes :
Les entreprises sont encouragées à bien prioriser : structurer un premier plan d’adaptation, puis le faire vivre dans le temps avec l’évolution de la vie du site, de l’organisation et de son environnement. Les solutions qui n’apparaissent pas spontanément de prime abord peuvent émerger avec le temps.
Avoir apprivoisé cette méthode tôt, c’est se doter d’un patrimoine immatériel constitué de collaborateurs capables de l’étoffer de façon très personnalisée à votre activité, suffisamment partagé en interne pour résister au turn-over, cohérent avec vos autres projets (plan de continuité d’activité, stratégie climat Groupe, reporting extra-financier, sécurisation des approvisionnements ou de financements, …).
Le guide méthodologique d’OCARA est téléchargeable sur le site de Carbone 4 (4). Pour ceux qui veulent aller plus vite, avancer plus sereinement, être accompagnés pour intégrer la démarche en interne ou être informés sur les possibilités de financement de ces travaux : contactez-moi.
(1) Source : https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/societe/anticiper-le-futur-le-cas-de-shell-et-du-choc-petrolier-de-1973/
(2) Source : https://www.arte.tv/fr/videos/126925-067-A/le-dessous-des-cartes-l-essentiel/ ("Emirats : adieu l'Opep ?")
(3) Source : https://www.carbone4.com/article-giec-goupe2-points-cles
(4) Source : https://www.carbone4.com/guide-methodologique-ocara